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C’est dans le bus pour Mannheim, agressé par un mix braillard et saturé, que je reçus le message de mon ami Louis: « ça te dit de faire un petit live report pour Vous y êtes !* ? ». Pourquoi pas !
On avait clairement prévu de se faire plaisir. Aucune expérience négative du festival racontée par des proches, line up de rêve, c’est en Allemagne, donc c’est loin, donc c’est un vrai voyage, et dans les stations services on vend des bières d’un litre aux noms très amusants. Seul hic: la douane, mais ce sera vite oublié.
Arrivée sur le lieu vers 23h, découverte de ce qui sera notre terrain de jeu pendant plus de 15 heures: 5 hangars, une bulle de verre. Tout s’appelle « Floor + chiffre de 1 à 5 », sauf le Chill-Out, qui s’appelle « Chill-Out ».

Inside

Conseillés par un certain Guillaume, c’est vers le « Floor 5 » – la bulle de verre – que nous nous sommes rendus, après un repas copieux et très salé (notons qu’ils ajoutent une sauce bizarre au curry sur les saucisses, on aurait pu s’en passer). On a loupé sa recommandation, Gerd Janson, mais on a eu Dixon. Malgré un set excellent sur lequel j’étais prêt à bouger les épaules, l’effet de groupe joua au bout d’une bonne demi heure en la faveur d’une certaine Ellen Alien, Floor 2. Tout de suite, quand on veut rigoler, dans un hangar énorme blindé de visus (pas spécialement fous d’ailleurs) et de monde, la patronne de Bpitch fait très bien son boulot. Mais j’ai bien dit « rigoler »… Une techno assez syncopée dans l’ensemble, et une façon de mixer que je qualifierais de « festive »: elle s’amuse à couper les basses, saccade le son… Bref. Vue plusieurs fois ça ne m’étonne pas d’elle, c’est dans son attitude et par son CV qu’on l’aime, parce qu’à côté de Monika Cruse (même moment, dancefloor voisin), y’a pas à chier, c’est tout de même de la piquette. Pour le coup, le fameux Floor 1, hangar voisin en question, est déjà désigné – pour moi, hein, on va pas être objectif non plus – comme LE truc idéal pour écouter de la techno. Que ce soit Monika Cruse, Chris Liebing ou Speedy J, l’effet profond est le même ici: du pur bonheur, un esprit de fête comme jamais vu en club (si, si, vraiment, précisons « parisien », tout de même). Disons que l’ambiance était tout simplement au Rave On. Lasers fous, sound system digne d’un teknival, mais surtout – et pourtant j’ai pas l’habitude d’y prêter une attention particulière – visuels de Pfadfinderei et Götz & Dominik très évocateurs, notamment pendant la folie (de) Chris Liebing. Comme une impression d’universel. Plus de frontières, tout le monde s’aime. C’est tout con mais ce défilé des drapeaux du monde entier sur lesquels on pouvait lire « bienvenue » dans toutes les langues (« bienvenue les française », ce fût mignon) m’a juste donné envie d’oublier l’idée que je m’étais fait de la techno depuis le passage des champs boueux au clubbing, à savoir qu’au deuxième millénaire, le mouvement était devenu un simple objet de consommation, de contemplation et de divertissement. Oublions le Floor 4 au passage, dont le line up m’aurait plu en d’autres circonstances, mais qui représente justement cette idée du beat. Ici c’était tout simplement un totem, une arme de communion massive. Voilà. Avec Paul, on s’est même dit, entre Chris Liebing et le Chill Out (où mixait Matthew Hawtin pendant 12 heures – ça sentait la weed, la gentillesse, il faisait chaud et on y a beaucoup médité sur de l’ambient extraordinaire) qu’on pouvait partir heureux après avoir vécu cet état d’esprit. Mais bon. Il nous fallait tout de même la perle. Genre, LA LÉGENDE, le retour DU mec. (Au passage, il est déjà 5h, petit détour par Villalobos (Floor 3), 15 minutes, dont le set surpuissant a aboli à vie mon petit fantasme de la position en étoile de mer sur « le seul qui arrive à mixer ce genre de son vraiment bien » – dixit Paul, faisant référence aux sonorités congas et maracas chères au bonhomme sus-cité). Donc, LE mec, c’est bien sur Richie Hawtin. Enfin…

Plastikman. Pour le premier live de sa tournée 2010, rien que ça.
Distribué sur deux salles dont une de retransmission sonore (Floor 1), nous avons pris l’utile précaution de nous préparer à profiter de l’installation du Floor 2. C’est-à-dire: un panneau de diodes géantes, cylindrique, autour de la star de la mode vestimentaire, que dis-je, du porte-parole de Native Instruments – j’aime me faire détester-, qui nous est apparu après 5 bonnes minutes de noir total sur nappe de basse bien rough.
Quand on voit les… allez… 3000 écrans d’appareils photos s’élever à bout de bras suant l’impatience, on se dit
1) que vraiment c’est un privilège d’être devant une star pareille pour son come back,
2) que cette vision des choses est déplacée, parce que le blondinet a décidé de se cacher derrière sa technologie, comme à la bonne époque – donc star-system à oublier,
3) qu’on n’a plus le temps de réfléchir: la voix nous parle, et les deux bandes lumineuses sont déjà en activité.
Voila.

Nous sommes théoriquement partis pour une heure d’un voyage dont les témoins ne se remettront jamais. J’imaginais que tout le monde allait se ruer vers la cible tant attendue, qu’on allait se faire marcher sur les pieds, que l’effet foule pourrait même jouer en la défaveur d’une écoute attentive. Comme toujours, je me suis trompé, et pour cause, nous assistons à un vrai spectacle. Complet. Visuel. Sonore. Hypnotique. Et malgré la finesse avec laquelle il manipule les plus classiques et aggressifs des sons de boites à rythmes (amis geeks, il a mis des sons de TR-909 et 808 dans une MPC; pour la basse 303, je ne sais pas si ça venait d’une des machines qu’on s’arrache à prix d’or sur ibé ou si il a inséré tout ça dans un truc moderne… mais à part ça et le vocoder, ses outils musicaux se résument apparemment à cette simple sélection), tout est fait pour nous scotcher. Mentalement, bien sûr, mais – et c’est la chose la plus frappante, peut-être – physiquement.
Bordel ! on est sur un dancefloor géant, en compagnie d’une multitude de personnes venues faire la fête, et strictement PERSONNE ne bouge. Oui. On l’attendait, mais à ce point là c’est juste démentiel… Suivant des influences tantôt acid techno, tantôt dubstep, tantôt… Aphex (?), tantôt… Plastikman, l’expression de la folie d’Hawtin a tout simplement été sublimée par sa répercussion en images. Le son est une matière. La salle est un terrain. Le musicien un chef d’orchestre. Oublions toutes les frontières et jouons avec – et de – tout ce qui s’offre à nous. Rassemblons et choquons. Je ne sais pas si il voit les choses comme ça, mais il aurait pu. À chaque pied sa balle de ping pong, à chaque caisse claire son strobo, à chaque effet son flou… Tout, sur l’écran, dans le son, est rythmé et coordonné, malgré l’absence de kick sur la quasi-moitié du live. C’est peut-être cet aspect extrême et total de la création qui nous a tous immobilisés. Tous nos sens sont en éveil, mais son oeuvre nous fige au point de casser la connexion réception du message -> danse qui s’impose normalement instinctivement sur la musique dite « répétitive« . Non, Hawtin, ici, ne parle pas à l’animal qui sautille sur le rythme. Il appelle à l’innovation, à la concentration, et anéantit la réflexion au profit, tout simplement, de l’Humain. Bon, par contre, il appelle l’humain autiste, en l’occurence…. Soit.
Non seulement je me perds dans une digression qui n’intéressera sûrement personne, mais en plus aucun mot ne suffirait pour qualifier ce retour aux sources. Pas celles de la techno, hein… non, je pense sans exagération à ce qui nous fait vivre, sans savoir y mettre les formes. Finalement long de deux heures, avec un come back spécial impro-mpc-visage découvert, le live de Plastikman incarne le Time Warp. Au sens propre (la référence au changement d’horaires), mais surtout au sous-entendu: une véritable perte de repères. L'(essai d’)article peut se terminer là. Vraiment.

Passé voir Laurent Garnier le temps d’un totalement imprévisible Crispy Bacon (blague), puis Villalobos + Loco Dice + Marco Carola et leurs invités spontanés (Hawtin, Sväth et autres joyeux lurons) pour une petite dernière récré (ah, et détour au Chill Out, vu le live de Subsonic Park: bien mais « juste comme ça »…).
Après ce que l’on vient de voir, plus rien n’a d’importance, au final… Rendez-vous le 8 mai à la We Love ? En espérant que l’environnement se prêtera à la même expérience, voire mieux (?)…

Références

Les amis-compagnons-de-passion du week-end:
Paul et Clara: http://pauldu91.blogspot.com/
Guillaume: http://www.myspace.com/magazinetrax
Merci également à John qui nous a accompagnés, et à Daniel, le chauffeur du car, qui a sacrifié son lundi de travail pour nous…

Les Didiers dont je parle (dans mon ordre chronologique):
Dixon: http://www.myspace.com/justdixon
Ellen Alien: http://www.myspace.com/ellenallien
Monika Cruse: http://www.myspace.com/monikakrusemusic
Chris Liebing: http://www.myspace.com/chrisliebing
Matthew Hawtin: http://www.discogs.com/artist/Matthew+Hawtin
Speedy J: http://www.speedyj.com/
Plastikman: http://www.plastikman.com/ (notez, chers amis geeks iphone, qu’il existe une app gratuite qui retransmet les messages de ses machines en live, en se servant d’un serveur wi-fi installé sur chaque scène de sa tournée…)
Villalobos: http://www.discogs.com/artist/Ricardo+Villalobos
Subsonic Park: http://www.myspace.com/subsonicpark

Le cadeau

http://www.theclubbing.com/be-fr/modules/newbb/viewtopic.php?topic_id=54517&forum=13&post_id=659326

Voilà. Fini. J’aurais aimé poster des photos et vidéos, mais l’anti-mythe du matériel Apple qui ne bug jamais s’est imposé à moi sur le chemin du retour… ceci explique également le choix d’une image officielle et sobre pour habiller l’article (dommage, j’avais même mis les lasers fous du set de Chris Liebing en fond d’écran – tout le monde s’en fout. Ouais.).

Feedbacks positifs, négatifs, constructifs ou simples billets d’humeur attendus. Bisous bisous

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